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Norvège

Lame de feu de Ingeborg Arvola

EN BREF
Kvènes

un roman qui narre l’odyssée  d’une jeune femme dotée de deux enfants hors mariage, partie de Laponie, à la fois, pour fuir la mort de sa soeur et la vindicte de sa communauté.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un témoignage historique

A travers le destin de Brita, l’auteure nous révèle les mouvements de populations qui ont existé au XIXè siècle entre la Laponie, la Finlande, La Norvège et la Russie.Les ethnies se mélangent, se  croisent, se querellent. D’un côté les Samis, originaires du cercle polaire vivent surtout de l’élevage du renne, les Skoltes sont  plus proches des Russes et de la pénnsule de Kola, enfin les Kvènes,  dont est issue l’héroïne, établis sur les rives des fleuves, capables de survivre avec peu de choses, affluent nombreux autour de Neiden, en Norvège. Les querelles tiennent  de ce fait à des revendications identitaires: certains se considèrent comme de vrais finlandais au regard de ceux ayant  émigré, et touchent également à l’appropriation des richesses: saumon, animaux…Faute de dialogue, des procès onéreux naissent qui n’aboutissent la plupart du temps qu’à spolier les gens de leurs biens et les ruiner.

Le voyage de Brita l’amène à croiser ces différentes ethnies et le regard qu’elle pose notamment sur les Skoltes Samis évolue  au point de faire fi  des rumeurs circulant à leur propos. Ils suscitent la méfiance car ils sont glabres et ne fréquentent pas les saunas. De plus on leur attribue même le pouvoir de jeter des sorts. 

Ce roman met  également en lumière l’évolution du nomadisme, car au delà des mouvements de population, on se rend compte que des lois naissent qui remettent en question les prérogatives  dont se croyaient détenteurs certains. Ainsi les Skolte Samis doivent respecter le tracé de la frontière en raison des destructions dont leurs rennes sont rendus responsables et eux-mêmes n’apprécient pas la venue des pêcheurs qui les dépossèdent de leurs terres. Souvent pour obtenir un terrain il faut le clôturer, le faire fructifier et faire venir le lensmann c’st-à-dire le représentant légal norvégien..

Or, auparavant ce qui guidait une installation tenait  avant tout à la richesse de ce que la nature  avait à offrir: fjord, toundra  pour la pêche ou la chasse. 

Mûres arctiques

La vie de ces différents ethnies est rythmée par la nature et les saisons. L’hiver lorsque  la neige  recouvre tout et gèle les fleuves, on récupère le bois avec des traîneaux, puisqu’ils ne peuvent plus flotter sur l’eau. L’auteure nous décrit les activités simples de ces gens qui se nourrissent des  mûres arctiques, plantent des pommes de terre, des navets  ou s’occupent de leurs animaux, moutons ou vaches en attendant le printemps pour aller pécher du cabillaud ou du saumon.

La digne héritière de son grand-père, chamane réputé

Chamaane sami avec son tambour magique

Derrière l’âpreté des conditions de vie, Ingeborg Arvola nous peint le portrait d’une femme  chamane qui a hérité de son grand-père le pouvoir de guérir et d’aider son prochain. Brita a tissé des liens secrets avec la nature au point que cette dernière  s’apparente à un livre  fourmillant de signes qu’il  lui suffit de décrypter.De cette  osmose naissent des comparaisons entre les hommes et les animaux. Ainsi les souvenirs liés à sa soeur décédée sont semblables à  des animaux sautillant les buissons, les enfants lui rappellent les agneaux profitant en toute simplicité des bienfaits de la nature, enfin les hommes debout sur la rive ne sont pas sans évoquer les arbres de la forêt, eux aussi balayés par le vent.
Son corps semble irriguer par des forces telluriques, comme si elle détenait les clés de l’univers.

C’est cette communion totale avec le monde qui lui permet de guérir hommes et bêtes.

En effet parfois elle peut ressentir le clapotement du fleuve jusque dans ses oreilles et ne faire plus qu’un avec la terre et le ciel.Ainsi elle  assimile le pus qui coule d’une plaie au fleuve au point de descendre le malade sur la rive et et de le placer  dans le sens de l’eau, utilisant la terre et la boue comme un cataplasme.

Car Brita se trouve à l’intersection de deux mondes, celui des hommes et celui des dieux.

À travers elle on comprend l ‘importance de la religion samie à cette époque et des seidis c’est-à-dire des pierres sacrificielles se trouvant dans les champs et qui sont sources de vénération. En passant près d’une de ces pierres, Brita éprouve le besoin de poser la main sur la terre afin d’en ressentir toutes les palpitations et ainsi honorer ce lieu ancien.

Consciente de détenir des dons émanant de Dieu, tous les gestes  qu’elle effectue sont empreints de spiritualité, accompagnés de signes  de croix, de prières ou de versets.

 Respecter la nature c’est respecter le petit peuple souterrain que le christianisme a éloigné des hommes. Selon Brita la fertilité d’une terre tient aux rites scrupuleux que l’on accomplit pour honorer le petit peuple souterrain.Aussi entend elle se soumettre à ces rites afin de conserver leurs faveurs, par exemple en déposant deux  fils enroulés en cercle entre le pré et le terrain entourant la ferme de Rijku.

L’Amour ou le cours de la vie

C’est  encore cette même nature qui la guide de façon irréversible vers la ferme de Mikko, l’homme dont elle va tomber amoureuse.

La nature continue  d’ailleurs  d’être omniprésente et ponctue de signes son cheminement vers son destin. Une plaine qui l’attire tout en l’emplissant, sans comprendre pourquoi de tristesse, la présence du vent qui exacerbe ses sens à son arrivée sont autant de signes ténus qui rendent décisive cette rencontre.Elle ne peut éviter d’aimer Mikko bien qu’il soit marié à Gretha, car cet amour est inscrit dans le cours de la vie et des forces qui régissent l’univers.  Si Brita se soumet à ces forces, elle est capable aussi de deviner dans ces signes que lui envoie la nature les embûches que cette relation adultérine va connaître : l’eau souillée par le sable ou un renard croisé.Des rêves prémonitoires, des visions laissent entrevoir également certains événements  auxquels l’auteure fera allusion dans le tome 2 « Sans rivage ».

Le portrait que nous brosse Ingeborg Arvola  emprunte à la sorcière ses pouvoirs de guérisseuse, à la sirène sa beauté ensorcelante, puisque Gretha perçoit  Brita comme dangereuse, sa beauté envoûtante attirant inexorablement les hommes dans ses filets.Mais c’est avant tout le portrait d’une femme libre qui, malgré le blâme du pasteur, n’hésite pas à enfreindre les règles pour suivre son propre chemin.Une femme avant-gardiste consciente d’avoir été condamnée par des hommes  qui sont à l’origine de son opprobre et tout autant coupables qu’elle.

EN CONCUSION

Un roman doté d’un souffle poétique  indéniable qui emporte le lecteur dans des régions arctiques méconnues.

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